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Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous des procrastinateurs.

La procrastination est le report intentionnel et inutile d’une tâche, malgré la connaissance des conséquences négatives de ce report.

c’est un mécanisme d’auto-défense de notre cerveau. Si une tâche nous procure une émotion négative, nous préférons la remettre au lendemain.

Pour notre cerveau d’homme préhistorique, l’objectif premier est la survie à court terme. Il faut assouvir ses besoins maintenant, tout de suite.

C’est pourquoi nous préférons des actions offrant des récompenses immédiates (comme regarder ses mails ou consulter Wikipedia) plutôt que d’autres dont le bénéfice est plus lointain (écrire un livre, faire du sport…).

Dans cet article, je vous présente 3 aspects psychologiques surprenants liés à cette tendance à reporter des tâches à plus tard.

1 – Un pari émotionnel

Procrastiner sur une tâche équivaut à parier sur l’issue d’un match. Quand vous pariez sur une équipe, vous n’avez pas la certitude qu’elle va l’emporter.

Pour la procrastination, c’est la même chose. Quand vous repoussez une tâche au lendemain, vous n’avez pas la certitude d’être dans de meilleures conditions pour la réaliser.

Pourtant, nous le faisons tous. A chaque fois que nous repoussons une tâche, nous nous disons implicitement que nous serons de meilleure humeur demain.

Ce phénomène a un nom, il s’agit de la prédiction affective.

La prédiction affective consiste à estimer son état émotionnel dans une situation future.

En d’autres termes, il s’agit d’imaginer une situation future et de tenter de prédire comment nous allons nous sentir par rapport à cette situation.

Imaginons que vous deviez appeler un client particulièrement difficile. Cet appel vous fait peur car ce client est très exigeant et agressif dans sa communication. Votre état émotionnel actuel est la peur.

Votre cerveau cherche alors à faire disparaître cette émotion négative : « aujourd’hui n’est pas le bon moment, demain je serai plus disposé à gérer cet appel. »

Demain je serai plus en forme pour réviser, pas la peine de m’y mettre maintenant…

L’émotion négative que vous ressentez dans l’immédiat ne fait pas le poids par rapport à l’émotion positive que vous projetez pour demain. Par conséquent, vous décidez de repousser votre appel à demain.

Le problème est que nous sommes très mauvais quand il s’agit de faire des prévisions sur nos émotions.

Dans 99.9% des cas, si la situation extérieure est la même, votre état émotionnel par rapport à cette tâche n’aura pas changé d’un iota le lendemain.

Rien ne dit que vos émotions de demain correspondront à ce que vous avez imaginé.

2 – Une cohérence forcée

Lorsque nous procrastinons, nous créons automatiquement un décalage entre ce que nous faisons (reporter une tâche importante) et ce que nous devrions faire (la réaliser tout de suite).

Ce décalage a un nom : la dissonance cognitive. Ce phénomène apparaît quand nos actes ne sont pas en phase avec nos valeurs.

Le problème est que nous sommes mal à l’aise quand nous créons une telle dissonance, notre cerveau ne comprend pas. Il cherchera alors à en atténuer les effets en exprimant des raisons pour expliquer ce décalage.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui fume. Tout le monde sait que fumer est mauvais pour la santé, mais ce n’est pas si facile d’arrêter.

Alors le fumeur se rassurera avec des phrases comme « une de plus, une de moins, quel différence ? », « il faut bien mourir de quelque chose », « ça fait 30 ans que je fume, alors pour arrêter… »

Dans le cas de la procrastination, nous pourrons utiliser des phrases comme :

  • J’ai encore le temps
  • ça ne prend que 30 minutes
  • Ce n’est pas si important
  • Il me manque des informations

Et la plus fréquente :
« Je travaille mieux sous la pression ».

Justifier sa procrastination réduit le sentiment de gêne

Si vous avez déjà utilisé ces phrases, vous avez certainement ressenti le léger soulagement qui les accompagne.

Cette technique inconsciente consiste à ajouter de la consonance cognitive, c’est à dire à rééquilibrer la cohérence entre nos actes et nos croyances.

Pour cela, plusieurs actions s’offrent à nous :

  • La distraction : nous détournons notre attention de cette dissonance pour éviter d’être mal à l’aise
  • La minimisation : nous réduisons l’importance de la tâche à réaliser
  • Le déni de responsabilité : nous ne sommes plus l’acteur principal de la tâche

La dernière réaction possible est de passer à l’action,  c’est à dire de ne pas procrastiner. C’est malheureusement la moins fréquemment choisie, car plus difficile à mettre en œuvre.

3 – Un auto-handicap pour protéger son amour-propre

Imaginez que vous décidiez subitement de participer à un marathon prévu la semaine prochaine. Vous faites du sport de manière régulière, mais il est évident que votre préparation sera insuffisante pour une telle épreuve.

Si vous n’arrivez pas à terminer la course, ce n’est pas grave car ce sera la faute à une préparation trop courte. Si en revanche vous réussissez, vous serez un surhomme (ou une surfemme).

Quelle que soit l’issue, votre amour-propre est protégé.

C’est la même chose pour la procrastination au travail. Dans certains cas, c’est utilisé comme une manière inconsciente d’excuser un travail qui n’est pas parfait.

« Ok, le design n’est pas terrible, mais je n’ai pu m’y mettre qu’hier après-midi. Avec tout ce que j’avais à faire… »

Procrastinator 1er justifiant sa dernière procrastination

Deux solutions issues de la psychologie

La psychologie peut expliquer la procrastination, mais elle peut également nous aider à réduire son impact. Voici deux techniques pour mettre notre cerveau sur de bons rails.

1 – L’intention de mise en oeuvre

L’intention de mise en œuvre consiste à identifier une situation avant qu’elle ne se présente et à définir ce que nous allons faire dans cette situation.

Cette technique utilise la formule de phrase « Si [situation] alors [action] ».

Si vous procrastinez une tâche, identifiez les signaux indiquant que vous la repoussez, puis d’affirmez ce que vous allez faire pour passer à l’action.

Voici quelques exemples :

Si…

  • … je ne fais pas une tâche parce que je me dis que l’échéance est dans un mois, ALORS je prévois un créneau de 30 minutes dans mon agenda pour travailler dessus dès aujourd’hui.
  • … j’ai envie d’arrêter ma tâche en cours pour traiter un nouveau mail, ALORS je note l’action demandée dans ce mail dans ma To-Do List pour la faire plus tard.
  • … l’idée de passer cet appel téléphonique me met mal à l’aise, ALORS je respire un grand coup et compose immédiatement le numéro

Ou plus généralement :

  • SI je ressens une émotion négative quand je veux démarrer une tâche, ALORS je continue de travailler dessus et je ne l’évite pas.

En énonçant clairement ce que vous allez faire dans une situation donnée, vous augmentez considérablement les chances que cette action se réalise.

L’intention de mise en place permet d’anticiper le fait qu’une tâche ne soit pas agréable, et de conditionner notre réaction face à cette tâche.

2 – L’autorégulation

L’autorégulation est le processus par lequel une personne maîtrise ses pensées, son comportement et ses émotions, afin de guider son activité vers un but précis.

Plus une personne est capable de s’auto-réguler, moins elle aura tendance à procrastiner.

L’autorégulation est une ressource limitée. Nous en avons une quantité définie chaque jour qui diminue à chaque fois que nous en avons besoin.

Voici quelques astuces pour améliorer son autorégulation :

  • Dormir : quand nous sommes reposés, nous avons plus de volonté et d’autorégulation
  • S’entrainer : tout comme pour un muscle, s’exercer permet d’améliorer ses performances
  • Prendre en compte son rythme de la journée : nous sommes généralement moins efficace le soir, après avoir pris de nombreuses décisions au cours de la journée
  • Prêter attention aux émotions positives : nous serons plus à même de nous autoréguler si nous sommes plus réceptifs aux aspects positifs que négatifs.

Conclusion

La procrastination est un ennemi redoutable car elle est un comportement issu de notre cerveau primitif.

Cet article vous a fait découvrir des aspects psychologiques peu connus, mais essentiels pour comprendre notre réaction face à certaines tâches.